Maman solo, c’est apprendre à danser sous la pluie

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Moi Maman, super-héros thermomix hystéro © 2018 Sarah Stefani
© 2018 Sarah Stefani

Cela fait quelques temps que j’avais envie de vous parler de ma vie de maman solo. J’ai toujours pensé que c’était trop personnel et sans grand intérêt et puis, parfois, un déclic suffit. Et pourquoi pas après tout ? Car oui vous me connaissez comme la maman, comme la blogueuse qui vit plein de choses chouettes… mais vous ne me connaissez pas comme la maman solo qui lutte parfois pour garder la tête haute et le sourire.

Maman solo, c’est quoi au juste ? C’est lorsqu’après une séparation, la garde de l’enfant (ou des enfants) revient à la maman (ou au papa). On ne parle donc pas de garde alternée. Et pour ma part, je suis maman solo parce qu’après 2 ans de séparation, le papa de ma fille est parti vivre à Paris pour des raisons professionnelles. Fait est, c’est que j’ai la garde de ma fille à 90% du temps. Heureusement j’ai la chance de très bien m’entendre avec le papa qui, malgré la distance et la difficulté d’être présent physiquement régulièrement, assure du mieux qu’il peut. Me voilà alors flanquée de cette casquette de maman solo et ce n’est pas toujours facile. Non ce n’est pas simple tous les jours d’être une mère célibataire. Je ne me plains pas. J’essaye juste d’être le plus objective possible. Car je sais aussi que pour certaines femmes, même en couple, c’est très dur voire plus car elles ne sont pas soutenues.

  • Maman solo, un sujet tabou

Maman solo. J’ai toujours vu ce sujet comme un sujet tabou parce malheureusement – et encore aujourd’hui – il arrive que les mères célibataires soient pointées du doigt, comme un symbole d’échec, que ce soit dans la sphère privée ou plus largement dans la sphère sociale et professionnelle. Certains nous pensent fortes, d’autres pensent que nous sommes à plaindre et puis, il y a l’entre deux : un mélange subtil de pitié et de mépris. Il y a aussi ceux qui nous voient comme des ennemies à fuir (j’exagère à peine), des mangeuses d’hommes sans états d’âmes (sortes de mante religieuse), des castratrices, des « cas soc »… Et sans compter les préjugés qui persistent. On est maman solo parce qu’on est responsable de l’échec de son couple, parce qu’on était épris de liberté et d’indépendance, parce qu’on est trop dure avec les hommes… j’en ai entendu de toutes sortes. Bref, ce besoin perpétuel de coller encore des étiquettes. Mais soit, je ne vais pas m’éterniser dessus car ce n’est pas le but.

En septembre dernier, Nathalie Bourrus, ex-reporter de guerre et chroniqueuse pour France Info a sorti un livre « Maman solo, les oubliées de la République ». « Cette vie de maman solo, mère célibataire, est une vie, comment dire… en apnée… oui, sans oxygène. C’est bien plus aride. Elle t’assèche, c’est plus dur que quand j’étais sous les bombes », voilà comment l’auteure, mère de Tom (10 ans) introduit son ouvrage. En lisant ces quelques lignes, j’ai eu les larmes aux yeux mais des larmes aussi de soulagement, comme si je reprenais enfin mon souffle. Comme si, enfin, mon rôle et mon statut de maman solo allait être reconnu. Parce qu’on en parle peu.

Et quand on est dans cette situation on n’ose pas trop l’ouvrir. « Ne te plains pas, tu as déjà de la chance d’avoir un travail », « et puis, au final, tu l’as choisi cette situation », « Il y a pire que toi », ou ma préférée « Ta liberté, tu l’as voulu »… bref on l’a met en sourdine et on fait comme si on était un foyer comme les autres, parce qu’on a pas envie de se justifier. Peu de personne – même les proches – se rend compte de la complexité que représente cette vie en solo, cette vie dans laquelle on est seule à gérer le quotidien, sur qui tout repose, matériellement déjà mais aussi moralement… et même si on est blogueuse ça ne change rien (bien évidemment). C’est même parfois pire car on a tendance à projeter sur nous un idéal de vie – sans contrainte – alors que non, pas du tout.

On apprend sur le tas

Ce rôle, je l’ai appris sur le tas en fait. Je n’ai pas la chance d’avoir ma famille sur place. Ma mère vit dans le Var et m’aide déjà énormément quand on se voit. Alors quand on est seul, c’est important d’avoir un réseau solide, sur place, sur qui compter. Mes amis n’étant pas tous sur Nice, j’ai dans mon entourage très peu de personnes fiables. Mais ça, c’est pour tout le monde pareil. On a tous des sois-disant « amis » qui nous disent : « si tu as besoin de quoique ce soit, n’hésite surtout pas ». Et puis, le jour où, faut même pas compter sur eux pour un dépannage de sucre en poudre ! Bref être mère célibataire c’est apprendre à faire l’araignée – désolé pour l’image – et à tisser une toile et un entourage solide. Et ça c’est très difficile à construire. En l’occurence, je m’appuie principalement sur ma « nounou » (enfin celle de ma fille) ; C’est elle qui la récupère à l’école tous les soirs à 18h, qui lui donne la douche, vérifie les devoirs, joue avec elle… et quand j’arrive vers 19h30 je retrouve ma petite en pyjama, en pleine forme et avec les crocs. Et rien que ça, c’est un soulagement incroyable.

Ma journée type

Avant mon retour à la maison, il s’en est passé des choses. Voilà à quoi ressemble, en temps normal, ma journée type. La première partie débute vers 6h quand je me réveille – parfois j’ai besoin d’aller faire mon petit footing alors que ma fille dort encore. C’est mon échappatoire, ma façon de méditer ou de gérer mes émotions. Quand je reviens il est 6h45, je prépare le petit-déjeuner, je réveille Louise vers 7h : câlins, bisous, câlins, bisous et go ! C’est parti. Elle se lève, s’habille. Pendant ce temps, je me douche, je cours un peu partout pour me préparer tout en restant plus ou moins à ses côtés le temps qu’elle déjeune. Il est 7h25, on accélère un peu le rythme. « Louise tu te dépêches un tout petit peu ma chérie ». Je continue de courir partout. Louise finit de se préparer. Brossages de dents, make-up à l’arrache pour moi, on ouvre les volets, on tire les draps, je range rapidement et on décolle vers 7h40. Et là, il ne faut pas qu’il y ait un grain de sable dans l’engrenage. Je dépose (ou jette) Louise à la garderie du matin, puis je fonce à la gare pour prendre le train pour Monaco.

La deuxième partie de la journée commence alors à 9h, au travail. J’en repars vers 18h pour chopper le train de 18h30. Quand j’arrive à la maison il est 19h15.

Le temps de remercier la nounou et j’attaque la troisième partie de ma journée, après avoir re-basculé en mode maman (et militaire aussi !) : je prépare un (semblant de) dîner, et on passe à table. Louise parle beaucoup et je suis à plat mais heureuse de l’entendre me raconter sa journée, ses copines, ses secrets. Vers 20h15, on fait un petit jeu, on lit un livre, je lui raconte une histoire et elle s’endort vers 20h45. Je m’occupe de ranger ma cuisine, je sors le linge de la machine ou je vais le ramasser, je prépare la table du petit-déjeuner pour gagner du temps, je vérifie son cartable, je réponds à quelques messages, je m’occupe de quelques papiers ou formalités (payer la cantine par exemple)… et quand je me pose il est souvent plus de 22h. Je suis à plat et la télévision reste souvent éteinte de toute la soirée. Besoin d’être au calme avant une douche salvatrice qui signe en général ma capitulation. Quand je me glisse au lit, chaque soir, je me dis toujours qu’il est trop tard.

Maman solo, c’est apprendre à danser sous la pluie / Whataboutnice.fr 2020

Chaque journée qui passe sans encombre – entendez sans un coup de fil de l’école pour venir chercher Louise, sans un contretemps de la nounou, sans grève de la cantine, sans bobo, sans gastro dans la nuit, sans rhume, sans toux… – est une petite victoire. Car oui le rythme est bien soutenu et il faut tenir. Je sais que nous avons tous, et quelque soit sa situation, des vies de dingues. On arrête pas, solo ou pas.

Ce qui manque quand on est seule, c’est une épaule sur qui s’appuyer. Combien de fois cela m’est arrivé d’appeler ma meilleure amie en pleurs, en partant à la gare ou dans le train, parce que je ne tenais plus, que je craquais, que mon corps me lâchait, parce que j’avais l’impression d’être une mauvaise mère, parce que mes épaules étaient trop larges. Quand vous êtes parent solo, il ne faut en aucun cas « trébucher ». Car si vous trébuchez, qui vous relèvera et qui sera là pour elle ? Alors oui il ne faut pas penser à tout cela, mais quand la logique voudrait prévoir un plan B, quand on est solo il faut prévoir un plan C, D, E et même F pour avoir toujours une solution à dégainer, quelque soit le problème.

Et la vie privée dans tout ça ?

J’ai pris beaucoup de recul sur ma situation ces derniers mois, et je reconnais que l’instauration du télétravail a été salvateur. La donne est totalement différente. Je peux emmener ma fille à l’école, aller la chercher à 16h30, lui préparer un goûter et prendre du temps avec elle et ça, je ne vous apprends rien, ça vaut de l’or. En revanche, j’ai aussi appris à mettre des limites, à prendre confiance en moi et à m’écouter. Je n’ai plus le temps de passer des heures au téléphone (ni sur les réseaux sociaux d’ailleurs). D’autant qu’inversement, et quand on y regarde de plus près, le téléphone sonne très peu pour prendre des nouvelles.

Ma vie privée ? Une chose est certaine : quand on est maman solo, on peut soit être considérée comme une proie facile, un « objet » de désir, de convoitise, un objet qui intrigue, qui attire ou inversement, un « objet » à fuir car hystérique et en plus avec un enfant, on devient une terroriste de l’amour ! Dommage, je ne suis rien de tout cela ! Non, je suis « juste » une femme et maman. Tout simplement. J’ai déjà entendu dire que j’étais trop exigeante ou que je faisais peur, mais, comment dire,… je ne suis toujours pas un furet, ni une plante verte (et pourtant je me suis plantée à maintes reprises) et je n’ai juste pas envie de me contenter de miettes. La théorie du pigeon ne passera pas/plus par moi. Mais ça, c’est une autre histoire.

Ni courageuse, ni parfaite

Maman solo, en voici donc les grandes lignes. Mes grandes lignes. Je n’aime pas qu’on me dise que je suis courageuse. Je ne suis pas courageuse, je n’ai pas le choix et je fais au mieux. Et son papa aussi bien entendu. La réussite parfois, il faut aller la chercher. Alors oui, même si c’est difficile parfois, j’ai une petite fille géniale, ma recharge d’énergie au quotidien. On partage des moments très forts. On a nos petits rituels, nos fou-rires, notre complicité, nos croyances. On est là, on vit, on est heureuse, on se crée des souvenirs. J’apprends chaque jour avec elle à ses côtés, à m’écouter, à dire non, à vivre le moment présent. Je la fâche aussi parfois et Dolto ne serait vraiment pas ravie d’entendre des « Va vivre chez ton père si t’es pas contente ». Je ne suis donc ni courageuse et ni parfaite ! Je voudrais faire d’elle une femme heureuse et libre de ses choix. Je voudrais que son bonheur dépende de personne sauf d’elle. Et si un jour, qu’elle que soit sa situation, si un jour elle n’est pas heureuse, qu’elle puisse avoir cette force de se l’avouer et de sortir de sa zone de confort.

Pour finir, je dirais que ma vie de maman solo est à l’image de cette citation de Sénèque : « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ». Et là, je danse…

Anne L.

4 Commentaires

  1. Je crois que c’est ma citation préférée et je trouve qu’elle résume bien la vie en général « apprendre a danser sous la pluie ». Merci pour cet article, une belle claque qui fait du bien! C’est beau de briser les tabous et je crois que le sujet de la maternité en a grand besoin! C’est dur, quelle que soit notre situation! Je t’embrasse fort Anne

  2. Merci, Anne, pour ce texte.
    Je suis dans la même situation que toi.
    Avec en prime une mauvaise entente avec le papa…
    Merci de partager ce que l’on pense tout bas, en tant que maman solo.
    Mille baisers à ta fille et toi ✨

  3. Bravo Anne pour ce beau témoignage. Oui ce statut est tabou mais tu le relates parfaitement. Tu es une personne formidable et l’amour et les efforts que tu fais au quotidien pour Louise effacent les petites erreurs, le temps qui manque parfois. Je t’embrasse tendrement

  4. Merci d’avoir partagé à ce sujet Anne car oui on en parle peu et cela peut entre autres aider à mieux comprendre pour ceux et celles qui ne le vivent pas et à s’encourager ou ne pas se culpabiliser pour celles/ceux qui le vivent seul(e)s dans leur coin !

    De gros bisous à vous 2

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