Par Frank Davit – La Comédie-Française et deux pièces de son répertoire comme des ferrets de la Reine. Des pépites de la création dramatique locale. Les bons filons des succès parisiens et les joyaux des scènes publiques et privées. Daho, Jonasz, Zazie, Aurélie Saada (entre autres) en concert… Il s’en passe de belles du côté d’Anthéa et de Daniel Benoin, son directeur.
En multirécidiviste du carton plein théâtral, Daniel Benoin se pose là. Magicien des planches, l’homme-orchestre d’Anthéa a fait de son établissement une salle au trésor pour un public friand de beaux émois et la saison 2026 – 2027 ne déroge pas à cette règle d’or. 79 nouveaux spectacles à l’horizon pour 240 représentations à la clé, la programmation brille et va permettre d’applaudir à loisirs des artistes de tous bords et de sensibilités diverses et variées.
Tout comme la troupe de la maison de Molière, Isabelle Huppert et (feu) Robert Wilson, Muriel Robin, Pierre Richard, Lilou Fogli et Clovis Cornillac, Thierry Lhermitte, Vincent Dedienne, Benjamin Millepied et bien d’autres sont du nombre… Alléchante, sur le papier, la saison s’annonce ainsi pleine de rebondissements au gré des productions qui vont se succéder sur place.

Huppert, Arditi, Boujenah et les autres…
Michel Boujenah dit qu’il joue là comme s’il était chez lui. En janvier, il enfilera de nouveau ses pantoufles maison avec Toute la famille que j’aime. Pierre Arditi, lui, sera de retour sur place pour Le père de Florian Zeller. Laurent Ruquier pour L’expérience théâtrale, Sébastien Thiéry avec Cochons d’Inde ou Jean-Claude Grumberg avec Dans le couloir : ces trois auteurs à succès, représentatifs de la diversité artistique qui prévaut en ces lieux, auront également leurs ronds de serviette dans la programmation cette année. Il faudrait encore mentionner l’iconique Pierre Richard, les fringantes Zabou Breitman, Irène Jacob ou Cristiana Reali.
On pourrait tout aussi bien dire qu’on viendra là pour les beaux yeux de Thierry Lhermitte ou de Benoit Solès, pour liker en vrai des têtes à clic du PAF (paysage audiovisuel français) à l’image des seuls en scène de Pablo Mira et d’Alex Vizorek, ou pour entendre le premier tour de chant de Vincent Dedienne dans un registre inédit pour l’humoriste qu’il est d’habitude. Anthéa nec plus ultra théâtral : vous voilà à bonne enseigne ! L’endroit est devenu une véritable plaque tournante, un hub de talents où se croise la fine fleur du métier. La preuve, rien que pour la prochaine saison, la scène antiboise va accueillir (et souvent coproduire) des spectacles qui feront le buzz. Muriel Robin notamment, en création de son prochain seule en scène Infiniment Robin.
La reprise par Isabelle Huppert du dernier spectacle qu’elle a joué sous la direction de Robert Wilson, Mary said what she said. La venue de Jean-Paul Rouve avec son Bourgeois gentilhomme qui a connu retentissement public et succès critique à Paris. Le doublon de la Comédie-Française pour deux pièces sous haute tension, Les Bonnes de Jean Genet et L’événement d’après Annie Ernaux. Michel Fau en mode Sacha Guitry pour La jalousie… Sous l’impulsion de Daniel Benoin, son « taulier », Anthéa met la barre haut et rafle la mise des spectacles les plus courus du moment. Benoin qui, comme à l’accoutumée, n’est pas en reste, jouant pleinement son rôle de directeur et de metteur en scène. À ce titre, il passera à l’acte pour sa nouvelle création de saison, Rire de tout avec Pierre Desproges. Un spectacle hommage à ce génial humoriste « écriveur » comme Desproges aimait se désigner lui-même, dont les textes teintés d’absurde au coin d’une redoutable vivacité d’esprit font plus que jamais mouche, sans rien avoir perdu de leur délectable noirceur caustique.

« Imaginarium » en délire
Alors oui, on craque dans les grandes largeurs pour Anthéa et le brio de sa programmation qui n’oublie jamais d’aller voir ailleurs si elle y est. Indice de cette fringale pour un art du spectacle vivant sous toutes les formes du plaisir, la prochaine saison passera par exemple de la pièce de Jean-Philippe Daguerre, Du charbon dans les veines, succès populaire et cinq Molières au compteur, aux hyperboles expressionnistes du Collectif 8. Troupe satellite d’Anthéa, le Collectif 8, emmené par Gaële Boghossian et Paulo Correia, évolue aux frontières du théâtre et de l’imagerie vidéo. Electric Dream, leur nouvelle production, devrait s’inscrire dans la plus pure veine de leur travail, où la luxuriance visuelle le dispute à la déliquescence d’un monde crépusculaire.
Aller voir ailleurs, vouloir surprendre le public, de spectacle en spectacle, c’est sans doute cela qui est à l’œuvre par ici et ce grand écart entre valeurs sûres et découverte d’autres langages scéniques, Anthéa sait y faire ! C’est sa marque de fabrique, avec des pas de côtés cour et jardin qui font éclore dans leur sillage d’envoutantes fleurs des plateaux et des feux de la rampe. Dans cette constellation aux lueurs créatives plus déjantées ou tout du moins inattendues, gravitent des noms de grand renom, qui emportent le spectacle vivant dans des aventures d’alchimistes de la chose théâtrale, vers des territoires débridés. Ainsi du metteur en scène suisse Christoph Marthaler et de son nouvel opus Le sommet, où sa fibre de fin entomologiste du genre humain s’en donne à cœur joie dans un désopilant mélange des genres, entre comique, musique et chant. On trouve aussi dans ces effusions iconoclastes les accents circassiens d’une troupe de référence dans l’univers des objets scéniques aussi réjouissants qu’habités d’une folie jubilatoire et ô combien virtuose dans ses péripéties corporelles.
Vous avez dit le Cirque Leroux ? C’est bien lui, de retour à Anthéa après y avoir déjà sévi à trois reprises et à merveille par le passé. Cette fois, il revient avec Nature morte, avec toujours ce même sens aiguisé d’une esthétique onirique et burlesque. En la matière, il faut également évoquer le duo Valérie Lesort et Christian Hecq. Spectacle déjà classé culte depuis sa création en 2015, dans leur « imaginarium » en délire, le tandem a signé une adaptation de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, dont on ne se lasse pas par le charme cocasse et la poésie enfantine de l’entreprise !

De Nina Simone à Barbara
Et la danse dans tout ça, dont on sait la place qu’elle tient chaque saison dans la programmation d’Anthéa ? Elle sera encore une invitée de choix avec Her voice, dance tribute to Nina Simone, un spectacle proposé sous l’égide du Festival de Danse de Cannes-Côte d’Azur, sur une chorégraphie de Daniel Proietto. Marion Barbeau, danseuse révélée en tant qu’actrice par le film à succès de Cédric Klapisch En Corps, y sera sa partenaire. Chorégraphe star du paysage hexagonal, Jean-Claude Gallotta est un habitué d’Anthéa.
Son art vogue sous pavillon d’une originalité de ton, loin des modes et des tendances. Il donne à ses danseurs une partition contemporaine qui n’appartient qu’à lui, une façon de s’offrir au mouvement dans une gestuelle comme une eau vive, source d’une grâce sans boursouflures ni enjolivures. Via cette approche stylistique qui est sa signature, juste avant les Fêtes, Gallotta s’en ira revisiter un classique des classiques de circonstance, Casse-Noisette. Un ballet à coup sûr détonnant dont Anthéa fera ses délices, effrontément !

Dans ce passage en revue des dates parmi les plus renversantes de la saison, impossible de ne pas citer encore deux autres grands moments de danse à venir. Acclamé à l’international, le chorégraphe Benjamin Millepied a imaginé autour des chansons de Barbara un poème en mouvement, où vient s’enlacer aux mots et notes de la longue dame brune une écriture du corps à fleur de peau. Neuf danseuses et danseurs en sont l’alphabet mouvant. Titre du spectacle, Du bout des lèvres. En écho à cette création, Anthéa présentera également un Tour de chant de Barbara, porté par une interprète tout en délicatesse, Romane Minguet, et par le musicien Roland Romanelli, fidèle compagnon de route de Barbara.
Autre point culminant chorégraphique, celui où vont nous propulser Sidi Larbi Cherkaoui et Martin Zimmermann avec Has been. On ne présente plus ces deux-là, l’un et l’autre chacun dans son genre à la fois enchanteur et ensorceleur. Orfèvre d’une danse loufoque et décapante pour Zimmermann, Orphée à la ferveur vibrante pour Cherkaoui. Au cœur de l’humain dans les deux cas. En forme de pas de deux, leur Has been racontera sous l’apparence d’une sotie une histoire entre une diva et son serviteur. Pitch intrigant. On est déjà captivé par la grâce incongrue de ce double messieurs !

Anthéa nouvelle saison 2026 – 2027 / www.anthea-antibes.fr
Saga Anthéa, mouvance à vos trousses, attention les secousses ! Plein de spectacles, théâtre, musique et danse, pour agiter le cocotier de vos envies et de vos sorties. Deux bars-restaurants pour savourer l’instant. Juste la joie d’être là et votre hôte, le directeur de ces lieux, Daniel Benoin, ami public numéro 1, activement recherché par les forces du seul ordre qui dicte ici sa loi, l’art du théâtre sous toutes ses formes de plaisir !
Par Frank Davit, journaliste culturel

No Comments