Si on sortait ?

Nice : quand la musique est bonne… avec La Traviata à l’Opéra et les Moments Musicaux

Par Frank Davit – Fin mai, Nice pianote sur une actu musicale haut de gamme avec un opéra culte et des concerts barroco molto vivace au programme. Quand la musique sonne, sonne, sonne…

Alors que l’Académie Internationale d’Eté de Nice s’apprête à dévoiler la programmation de son Nice Classic Festival prévu à la mi-juillet, les zéphyrs de florissantes harmonies semblent s’être donné le mot pour emporter Nice dès à présent dans un tourbillon de notes et d’accords réjouissants. La capitale azuréenne vit ainsi une fête de la musique avant l’heure, au diapason d’une double actualité : la Traviata de Verdi à l’Opéra et les deux premiers des quatre concerts d’un festival baroque en plein renouveau, les Moments Musicaux, sous la nef de la cathédrale Sainte-Réparate. Tendez l’oreille…

Traviata : chronique d’un triomphe annoncé

Céline Dion a beau susciter un engouement sans pareil autour de ses prochains concerts parisiens. Timothée Chalamet peut bien tenir des vilains propos sur les spectacles d’opéra. Cela ne change rien à l’affaire. Bien malin qui pourrait se vanter de faire de l’ombre à Violetta, prima donna assoluta du répertoire lyrique. Violetta ? La Traviata si vous préférez, la dévoyée en français. Où qu’il soit chanté, l’ouvrage de Verdi fait salle comble. Mourante depuis toujours, phtisique (tuberculeuse autrement dit), n’empêche que la dame se porte comme un charme sur toutes les scènes du monde qui ne cessent de se réjouir de ses malheurs. Il faut dire qu’elle ne se mouche pas du coude. Pour l’interpréter, celle qui a d’abord été l’héroïne du roman de Dumas fils, la Dame aux camélias, avant de devenir la pâle et souffreteuse courtisane sublimée par Verdi, a été incarnée du théâtre à l’opéra par les plus grandes stars.

Callas, Sarah Bernhardt, Garbo, Huppert, Adjani sans oublier Judith Chemla, moins connue que ses aînées mais pas moins incandescente… Excusez du peu, la dévoyée peut être droite dans ses bottes et ses notes, auréolée qu’elle est d’un tel casting pour la réanimer de plus belle et la faire renaître à chaque fois de ses spasmes cacochymes dans des productions qui font l’événement. Callas dans le rôle de Violetta mise en scène par Visconti à la Scala de Milan en mai 1955 : bien sûr, la chose est une anthologie de l’art lyrique à elle seule. Mais l’opéra vit avec son temps et son époque, ne s’endort pas sur ses lauriers, si glorieux soient-ils. La Traviata ne cesse jamais d’effeuiller la marguerite des infortunes de sa vertu au firmament du bel canto. Le prisme de son histoire a évolué avec les changements de mentalité.

La haute société n’est plus ce qu’elle était, ma bonne dame ! Fille perdue et chic fille, la belle phtisique fait le miel de nos émois indignés par tant d’injustice corsetée pour régler le sort d’une innocente. On en aura une nouvelle preuve ces jours-ci, éclatante, quelque part au bord de la baie des Anges, dans un théâtre béni des dieux de la musique et de la danse.

Portrait d’une femme en feu

Avant de bientôt boucler sa saison avec Un monde ensemble, création participative de Magali Thomas et Sergio Monterisi, l’Opéra de Nice s’affiche en effet au bras de la Traviata de Verdi, dès la fin mai. C’est en quelque sorte le climax de sa programmation 25/26. Ouvrage le plus chanté sur les scènes lyriques depuis son baptême du feu en 1888, ce chef d’œuvre du génie verdien est ici monté en coproduction avec l’Opéra de Nantes notamment, où le spectacle a été créé en 2025. Depuis sa première représentation nantaise, cette Traviata a connu un franc succès, public et critique, partout où elle a été donnée. À Nice, l’un des opéras coproducteurs, on a même dû rajouter des dates à celles déjà prévues pour répondre à la demande et accueillir cette Violetta à la hauteur de l’engouement suscité par sa venue, à guichets fermés. Précédée de cette réputation flatteuse, voici donc un spectacle fort attendu qui n’a pas lésiné sur les moyens pour offrir un luxueux écrin à la triste destinée d’une jeune femme sacrifiée sur l’autel des convenances.

Pour raconter son histoire, Silvia Paoli, la metteure en scène, a laissé libre cours à sa vision d’artiste et de femme. Opérant une transposition pour mieux renverser les valeurs établies, elle pointe du doigt le patriarcat qui imposait ses diktats, maître des usages et des bonnes mœurs, dans une approche sensible et compassionnelle du personnage de Violetta. Ce dont se réjouit Bertrand Rossi, le directeur du théâtre lyrique niçois. « De l’audace plutôt que des conventions toutes faites, je crois vraiment qu’une maison d’opéra, de nos jours, se doit de travailler en ce sens, revendique celui-ci. À travers le regard de Silvia Paoli, on va redécouvrir une autre Traviata, comme un portrait de femme face à l’oppression d’un monde qui veut la faire taire… » En toile de fond du drame, la scénographie, d’inspiration Belle Epoque, reproduit, en abyme, une scène de théâtre car Violetta est ici, non plus une « demi-mondaine » mais une comédienne célèbre.

Pour lui donner âme et voix, la soprano américaine Kathlyn Lewek retrouve l’Opéra de Nice où elle s’est déjà produite à deux reprises, dans Lucia di Lammermoor et Lakmé. Dans chacune de ces prestations, c’est peu de dire que la cantatrice à la tessiture de colorature a soulevé l’enthousiasme de l’auditoire. Il ne devrait pas en aller autrement avec ce nouveau rôle ! À la baguette, le chef Andrea Sanguineti. Vous êtes prêts ? Le rideau se lève. Préparez vos mouchoirs…

La Traviata à l’Opéra de Nice
La Traviata à l’Opéra de Nice – DR

Les Moments Musicaux : un festival tout ouïe tutti frutti !

Il entre dans sa deuxième décennie, celle de la maturité artistique, mais pour autant, il a bel et bien l’intention de continuer à faire les quatre cents coups ! Créée en 2015 à cet effet, l’association Les Moments Musicaux des Alpes-Maritimes organise chaque année son propre festival, nommé… Les Moments Musicaux. L’ADN de ce rendez-vous est de ravir les mélomanes sans oublier de les surprendre, dans la perpétuation des œuvres du répertoire baroque (la plupart du temps) et la surprise et la grâce d’une touche de fantaisie. Pour la nouvelle édition du festival, sont prévus à la cathédrale Sainte-Réparate quatre concerts sur deux périodes, ce printemps puis en septembre à la toute fin de l’été.

Dans chacune de ces sessions, on va retrouver ce qui fait le charme des Moments Musicaux. Leur mélange des saveurs et leur exigence artistique pour des réjouissances orchestrales (et vocales selon les cas) aux accords vingt-quatre carats ! Afin de mener à bien l’entreprise, un nouveau directeur musical vient de prendre ses fonctions à la tête du festival, en la personne du chef Jérôme Correas. Lequel, outre sa notoriété dans les milieux spécialisés, est déjà connu du public azuréen pour avoir dirigé le Phaéton de Lully à l’Opéra de Nice en 2022. Jérôme Correas est par ailleurs le fondateur d’une formation, les Paladins, sous pavillon résolument « baroqueux ». Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour que la fête batte la mesure du brio et de la virtuosité, en toute allégresse !

Pour donner le ton dès l’ouverture du festival, fin mai, l’ensemble Les Voix Animées, sous la direction de leur chef Luc Coadou, propose un concert a cappella autour de chants puisés dans des airs de la Renaissance à Charles Trenet. Vaste programme.

Titre de ce récital : Festiv’Harmonies. Viendra ensuite, pour le deuxième concert des Moments début juin, l’entrée en scène d’un duo formé pour l’occasion par deux chanteuses lyriques, Julia Wischniewski (soprano) et Eléonore Pancrazi (mezzo-soprano). Elles seront entourées par Jérôme Correas et ses Paladins pour une étourdissante joute vocale sous le signe des « Héroïnes Baroques » auxquelles Vivaldi et Haendel ont fait écho dans leurs partitions. Voilà pour la moisson printanière du festival. Pour ce qui est de son volet estival, en septembre prochain, disons en matière de teaser que la programmation des deux concerts à venir dans ce cadre ne manquera pas d’un certain piquant, en affichant côté à côté les noms de Vivaldi et des Beatles !

Informations pratiques :

  • La Traviata à l’Opéra de Nice : rendez-vous du 27 mai au 6 juin 2026 – Plus d’informations sur www.opera-nice.org
  • Les Moments Musicaux à la Cathédrale Sainte-Réparate : 28 mai à 20h / 7 juin à 17h / 17 septembre à 20h / 20 septembre à 16h – Plus d’informations sur www.les-moments-musicaux.com

Par Frank Davit, Journaliste culturel

No Comments

    Leave a Reply

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Verified by MonsterInsights