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Ballets de Monte Carlo : la diagonale du coup d’éclat

Par Frank Davit – En l’espace d’un mois, sur l’échiquier d’une programmation faste, les Ballets de Monte-Carlo affichent ce printemps un quarantième anniversaire rugissant et leur belle vitalité coutumière. Imprévus, Miniatures et Core Meu : à la faveur de ces trois séquences de saison, ils donnent à voir une compagnie qui n’a jamais les deux pieds dans le même chausson mais qui n’a qu’une pointure : celle de l’évidence ou de la vie qui danse (comme on voudra) !

Créativité, diversité, grâce à tous les étages… On ne dira jamais assez la chance d’avoir à nos portes une maison de danse comme celle des Ballets de Monte-Carlo. Difficile d’éviter le mode superlatif pour évoquer le brio des danseuses et danseurs monégasques et le formidable travail de meneur orchestré ici par Jean-Christophe Maillot, leur « chief commander » pour ainsi dire, depuis plus de trente ans. On en aura pour nouvelle preuve l’actualité chorégraphique du moment où l’excellence de la troupe apparaît dans tous ses éclats ! Le pied baladeur, Maillot n’a pas son pareil pour mettre les pas de ses interprètes dans le sillon d’aventures artistiques jamais compassées, plutôt sous le signe d’une effervescence toujours sur la brèche, en éveil. Une vivacité inscrite par exemple au cœur des Imprévus, des sessions qui ont lieu deux ou trois fois par saison, où l’on peut s’immiscer au plus près de la dynamique créative des Ballets, au sein même de leur espace de répétition, à Beausoleil, juste à la frontière avec la Principauté dans le quartier au-dessus de la gare SNCF de Monaco.

Dans le feu de l’action

Derniers Imprévus en date, c’était à la fin mars. Equivalents de concert privé en quelque sorte, ces rendez-vous ouverts au public (sous certaines conditions d’accès / voir ci-après) agitent autour d’eux des émulsions réjouissantes. Les danseurs de la compagnie en sont parfois les chorégraphes, le temps de petites pièces qui font leur effet et plus que ça encore pour certaines d’entre elles. D’autres fois, on se retrouve plongé dans une séance de répétition d’un spectacle qui sera bientôt à l’affiche et c’est juste passionnant de voir Maillot au travail, dans le feu de l’action avec celles et ceux qui sont les passeurs de son art et sa manière. Autre option, elle était à l’ordre du jour de ces Imprévus de mars, les Ballets ont cette fois invité la jeune garde montante à se produire dans les lieux. Entendez par là les élèves de l’Académie Princesse Grace, corollaire de la compagnie où sont formés au plus haut niveau des aspirants danseurs, appelés à rejoindre les troupes les plus pointues à l’issue de leur apprentissage. Sous la houlette de leurs enseignants, ceux-ci avaient concocté pour l’occasion un intermezzo, « Ars educere humanitatis », avec le concours des étudiants en scénographie du Pavillon Bosio, école d’art monégasque. Habituellement, ce mode de collaboration avec Bosio pour des créations capsules présentées pendant les Imprévus associe au dispositif les danseurs professionnels des Ballets. Dans le contexte du cinquantième anniversaire de l’institution, ce sont donc les talents en devenir de l’Académie qui ont été mis en exergue. À l’arrivée, dans tous les cas de figure, le résultat de ces hybridations créatives ne manque jamais de surprendre voire d’étonner dans le sens de la célèbre formule de Diaghilev à Cocteau : « étonne-moi ».

Pour les Imprévus, entrée réservée aux membres adhérents des Ballets de Monte-Carlo et dans le cadre de l’achat d’un abonnement 5 spectacles / Il faudra attendre la programmation 2026/27 pour connaître les nouvelles dates de futurs Imprévus. Plus d’infos à suivre sur www.balletsdemontecarlo.com

Edition de poche
Mi-avril, à l’Opéra Garnier de Monte-Carlo, l’ami Maillot renoue avec une formule de créations qu’il avait initiée en 2004, série de courts ballets baptisés « Miniatures ». Il nous convie ainsi à ce qui, sur le papier, s’annonce comme une alléchante récidive. On y verra à l’œuvre cinq chorégraphes, dont Maillot lui-même, réunis autour d’un jeu de « cadavre exquis » en quelque sorte. Chacun d’eux va en effet proposer une pièce de son cru, pour former une mosaïque en mouvement au gré des motifs successifs de cinq opus. Six au total, en tenant compte du fait que Maillot en signera deux, qu’il avait étrennés en 2004. Les quatre autres chorégraphes invités pour ces Miniatures, Francesco Nappa, Jeroen Verbruggen, Julien Guérin et Mimoza Koike, sont d’anciens danseurs de la compagnie monégasque. Maillon fort de ces gammes chorégraphiques, la musique. C’est l’Ensemble Orchestral Contemporain de Bruno Mantovani qui interprètera les différents morceaux du programme, composés par différents musiciens actuels. Connus des initiés et des aficionados, outre Bruno Mantovani, ils ont pour nom Violeta Cruz, Aurélien Dumont, Martin Matalon, Misato Mochizuki et Ramon Lazkano. Matière en fusion dans le sillage de ces artistes, creuset de talents, les Miniatures sont le fruit d’orfèvres, virtuoses de leurs arts respectifs. Un chorégraphe au diapason d’un musicien. La note et le geste dans les entrelacs de leurs accords et de leurs discordances pour que naisse la danse, soyeuse longueur d’ondes… La musique est à ce point constitutive de l’originalité de ces chorégraphies que les Miniatures sont d’ailleurs programmées dans le cadre du Printemps des Arts de Monte-Carlo, festival dédié aux plaisirs musicaux par excellence…
Les Miniatures à la salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo du 16 au 19 avril

Les Ballets de Monte Carlo - Miniatures (répétitions) copyright Alice Blangero
Les Ballets de Monte Carlo – Miniatures (répétitions) copyright Alice Blangero

Allegro molto vivace !
Après les Imprévus et les Miniatures, avant leur grande soirée d’anniversaire surprise début juillet pour leurs quatre décennies d’activités aussi frondeuses qu’aguichantes, les Ballets de Monte-Carlo jouent fin avril un autre coup gagnant sur la diagonale d’un spectacle électrisant, Core Meu. Entre l’allégresse et l’ivresse, Maillot s’est lancé avec cette chorégraphie dans une folle variation autour de la tarentelle, une danse traditionnelle venue du sud de l’Italie qui emporte ses adeptes dans une sorte de ronde effrénée, joyeuse et sauvage. Sur la rythmique d’une tumultueuse farandole composée spécialement pour ce ballet par Antonio Castrignanò et jouée en direct par l’orchestre de ce dernier, les interprètes dans les moments de paroxysme du spectacle semblent se déchaîner dans une transe contagieuse. Tout à leur énergie flamboyante, tenant la cadence infernale d’une partition virevoltante, ils (et elles) embrasent le public au prisme d’un irrésistible sentiment d’euphorie. À l’origine, la pièce a été créée lors de la première F(ê)aites de la Danse, célébrée en Principauté à l’initiative de Jean-Christophe Maillot l’été 2017. Cela se passait sur la place du Casino, en plein air, au douzième coup de
minuit et au cours d’une magnétique nuit de spectacles tous azimuts. Par sa fulgurance magique, cette tarentelle à la belle étoile est particulièrement restée dans toutes les mémoires des milliers de spectateurs incrédules devant cette pure manifestation de liesse et de bonheur. Après l’avoir déjà reprise sur la scène du Grimaldi Forum en 2019 dans une version sensiblement repensée, Maillot y revient ce printemps avec un nouvel élan qui va encore ébouriffer cette recréation dans un nouveau souffle. Avec son écriture exultante, à la fois Boléro et Sacre du Printemps pour une flambée des corps enfiévrée, ce Core Meu est un tourbillon de fougue où Maillot laisse libre cours à un spectacle débridé. On se retrouve propulsé sur une place de village italien où va voler en éclats de fête, de volupté et de castagne une partie de campagne. « La danse en festin », pourrait-on dire en écho au titre du livre de Jean-Christophe Maillot récemment paru. Au cœur de cette danse volcanique voire dionysiaque, l’humain dans tous ses états mène le bal, allègrement ! On en a déjà l’œil qui frise !
Core Meu au Grimaldi Forum du 28 au 30 avril

Les Ballets de Monte Carlo - Core Meu copyright DR
Les Ballets de Monte Carlo – Core Meu copyright DR

Par Frank Davit, Journaliste culturel

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