News

Nouvelle saison du Théâtre National de Nice : le TNN s’affiche tout jeu tout flamme

D’octobre à mai, trente spectacles tout rond et le tour est joué pour une saison bien pliée ! Le Théâtre National de Nice fait sa rentrée début octobre et n’y va pas par quatre chemins. Il montre de quel bois il brûle les planches en présentant le travail de certains des metteurs en scène les plus en vue de la création théâtrale hexagonale.

Molière, Shakespeare, Tchekhov, Tolstoï et Leïla Slimani, Victor Hugo, Duras, Gluck, Berlioz et Richard Strauss parmi ses têtes d’affiche. En ce tout proche début d’automne, en voilà un qui ne blessera pas nos cœurs d’une langueur monotone. C’est même tout le contraire : avec ce cortège d’auteurs et de grands textes, le TNN revient sur le devant de la scène nous mettre du baume au leurre de vivre et d’aimer au gré d’un calendrier de représentations alléchant.

Instabile par Joris Frigerio © DR
Instabile par Joris Frigerio © DR

Dès le 8 octobre, il s’apprête ainsi à faire éclore sa nouvelle saison de mirages et autres chimères avec pléthore de productions invitées, de coproductions et de créations maison témoignant de sa vitalité artistique. En ouverture des réjouissances, Saigon, une pièce chorale culte de Carolina Guiela Nguyen qui n’est autre que la directrice du Théâtre National de Strasbourg. Après Gulliver, La mouche et autres pépites, le retour à Nice de Valérie Lesort et sa fabuleuse fabrique des merveilles avec Petite balade aux enfers d’après la légende d’Orphée pour une féérie musicale noire et déboussolée dont elle a le secret. Au texte et à la mise en scène, Orgueilleuse, le tout premier spectacle de l’ardente Eve Pereur, révélée sur les planches niçoises au sein de la troupe permanente du TNN dans les rôles marquants d’un petit chaperon rouge loufoque à souhait et d’une vibrante Phèdre dans la fleur de l’âge. Instabile, le nouvel opus circassien de Joris Frigerio, autre habitué du TNN, et sa grâce de fin stratège des équilibres précaires. Un Ivanov de Tchekhov en mode désopilant porté par le metteur en scène Jean-François Sivadier et Nicolas Bouchaud dans le rôle-titre, son acteur de prédilection, deux grands noms du théâtre français eux aussi familiers des lieux.

On n’en finirait pas de lister les bonnes raisons de courir au TNN ! À l’arrivée, vibrant de tous ses violons sur la corde sensible de nos émois, c’est une partition tout jeu tout flamme qui s’apprête à faire crépiter les applaudissements par ici. « Notre programmation est à l’image de ce que doit être un centre dramatique national, avec pour maître mot l’ouverture, soulignait Muriel Mayette-Holtz en mai dernier lors de la présentation de la saison 26 – 27. Elle est représentative de la création théâtrale hexagonale, ce qui veut dire aussi bien divertir que perturber le public en l’emmenant parfois vers des spectacles novateurs. Le TNN coche toutes ces cases en se positionnant comme un théâtre au cœur de l’humain et de ses clairs obscurs… »

Un conte, deux fées

À Nice certes, on ne regarde pas forcément Muriel Mayette-Holtz avec des yeux de braise. Et pourtant, toujours sur la brèche, son équipe carburant au même régime qu’elle, la patronne du TNN travaille sur des saisons ardentes, s’employant à tramer une identité vraie pour « son » établissement. « Les arbres tordus ont longue vie », est l’un de ses mantras. De fait, Muriel Mayette-Holtz entame un troisième et dernier mandat à la tête du centre dramatique niçois, qui l’emmènera à occuper ses fonctions jusqu’en 2030.

D’ici là, malgré embûches et bashing, elle est bien décidée à mener sa mission. « Le TNN se porte bien grâce à un taux de fréquentation de 87%, rappelle la directrice des lieux. Il demeure fidèle à la vocation d’un théâtre né de la décentralisation, où l’on met tout en œuvre pour pianoter sur toute la gamme des solfèges théâtraux… » Au diapason de cette dynamique, Muriel Mayette-Holtz s’est d’ailleurs appliqué à elle-même la philosophie maison. Afin de s’essayer à un nouveau registre, elle va ainsi mettre en scène pour la première fois un spectacle jeune public, Le petit garçon avec une ombre d’oiseau d’Anne Sibran. Montée à l’occasion des Fêtes, il s’agira d’une création totale aux allures de conte initiatique, interprétée par la troupe du TNN. La genèse du spectacle doit tout à ce duo inédit, Anne Sibran et Muriel Mayette-Holtz, suite à leur coup de foudre artistique. « J’avais beaucoup aimé le roman de cette autrice, « Je suis la bête », adapté pour la scène, et son écriture à la sensualité claudélienne qui mâche la terre et les mots, explique Muriel Mayette-Holtz. Alors je lui ai commandé un texte. Ma seule indication était que ce soit écrit en vue d’un spectacle à hauteur d’enfant, pour toute la famille… » Le petit garçon avec une ombre d’oiseau déploiera ses ailes aux Franciscains, l’une des deux salles du TNN, du 15 au 23 décembre.

Mezzé sur un plateau (de théâtre)

Au-delà de cet aperçu subjectif de ses réjouissances, la nouvelle saison du TNN batifole aux bras de bien d’autres talents. Danse, arts circassiens, grands classiques, petits bijoux d’émotion…, elle n’a pas peur de mélanger les saveurs et de mettre son grain de scène, divers et varié, dans la programmation, en affirmant volontiers une fibre qui fait la part belle à la création au féminin. Une pincée de Duras avec L’amante anglaise mise en scène par Emilie Charriot pour se délecter de l’interprétation de Dominique Reymond, Nicolas Bouchaud et Laurent Poitrenaux comme d’un nectar voluptueux.

Robin Renucci, lui, met les petits plats dans les grands pour servir Molière et son Ecole des femmes dans une production bien léchée, avec un François Morel aux petits oignons. Habituée des lieux, Macha Makeïeff, est de la revue avec son nouvel opus, Zone d’attente, alors que Joël Pommerat, autre figure majeure du théâtre actuel, fera ses débuts niçois en y présentant une reprise de l’un de ses grands succès d’après les contes de Perrault, Le petit chaperon rouge. Un spectacle pour (grands) enfants taillé de main d’orfèvre dans le chatoiement d’un réalisme-merveilleux aux motifs acérés, loin de toute mièvrerie.

Rayon valeurs sûres, côté danse cette fois, il faudra aussi compter avec les chorégraphes Jann Gallois et Jean-Christophe Maillot. Jann Gallois qui sera au TNN dans le cadre du Festival de Danse Cannes Côte d’Azur pour Imminentes, pièce pour six danseuses et ode à la sororité. Maillot, directeur des Ballets de Monte-Carlo, qui viendra avec sa troupe pour son Roméo et Juliette, spectacle culte du répertoire néoclassique contemporain. « Tourne, tourne mes personnages » comme il est dit dans le film La Ronde de Max Ophuls.

Roméo et Juliette – Ballets de Monte-Carlo JC Maillot

Dans la ronde du TNN, vous reprendrez bien alors un dernier spectacle pour la route ? Celui de Félicien Chauveau en l’occurrence. Monsieur de fort bonne compagnie théâtrale, la preuve avec la troupe qu’il a fondée, le collectif La Machine, il s’illustre depuis des années sur les scènes azuréennes avec un brio créatif vif et enjoué qui fait mouche de pièce en pièce. Le revoici donc pour un nouveau spectacle dont il a le secret, écrit et mis en scène par ses soins, interprété par certains de ses complices de jeu familiers, Comptes & légendes de famille. On imagine la chose rocambolesque et burlesque à souhait, mais non sans une once de frisson gothique à la clé. Bref, on s’en frotte les mains d’avance pour avoir déjà vécu des chouettes moments de théâtre devant des productions de Félicien Chauveau. Et voilà comment, sur les starting-blocks de sa rentrée, fort de ces perspectives renversantes, le TNN s’apprête à faire un strike !

Théâtre National de Nice, toute la programmation sur www.tnn.fr

À quand un TNN dans ses pénates ?
En matière d’audimat, il faut laisser les chiffres faire leur grand numéro et dire les choses comme elles sont. À rebours de bien des contre-vérités, avec un taux de remplissage qui culmine à une moyenne annuelle de 87% pour plus de soixante-cinq mille spectateurs au compteur sur l’ensemble de la saison passée, le score fait son effet et plus que jamais, le TNN est dans la course, marque des points, avance sans éluder les sujets sensibles. Quid du projet de sa grande salle pour un futur espace de représentation durable ? Plusieurs options sont sur la table, semble-t-il, et un dialogue avec la nouvelle municipalité a été initié dans un esprit de conciliation. Entre autres possibilités, la halle de la Gare du Sud pour une reconversion loin d’être acquise ? La construction d’un théâtre en bonne et due forme sur le site de l’actuelle salle de la Cuisine ? Pour l’heure, rien n’est acté. Dossier à suivre…

Frank Davit, journaliste culturel

No Comments

    Leave a Reply

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

    Verified by MonsterInsights