L’actualité du spectacle en quelques choix très subjectifs pour des idées de sorties à votre goût à Nice, Antibes ou encore Monaco, si affinités. Sélection.
Anthéa dance machine
En octobre, Anthéa a la fièvre au corps car la danse y mène le bal ! Dans le sillage de Benjamin Millepied, chorégraphe star, les pas de danse viennent s’enlacer aux mots de soie des chansons de Barbara. Comme un ouvrage de fin brodeur, Millepied tisse un spectacle de lui vers elle, de son âme à sa grâce. Entrelacs de motifs en forme d’épure pour six danseuses, Du bout des lèvres nous emmène ainsi du bout du cœur vers la longue dame brune de la chanson française. Fée Mélusine, un peu sorcière, comme elle le disait elle-même dans sa chanson Marienbad, magicienne assurément par tout son être et par sa voix au piano comme d’envoûtants sortilèges… Autre pas de deux du côté d’Anthéa, celui d’un duo surprenant a priori, le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui et l’artiste circassien Martin Zimmermann. On n’imaginait pas ces deux-là faisant la paire et leur double messieurs sur scène, entouré de trois autres danseurs, ne s’annonce que plus détonant ! Titré Has been, le spectacle qu’ils ont imaginé raconte l’histoire d’une showgirl, plus vraiment au goût du jour, avec son impresario majordome. Fruit de l’imaginaire croisé de deux talents iconoclastes, cette création se plairait-elle à ne pas savoir sur quel pied danser, quelque part entre le désopilant d’une Cage aux folles et un soupçon de drama queen à la Sunset Boulevard ? On a hâte de découvrir la réponse de l’extravagant tandem !
Du bout des lèvres / les 2 et 3 octobre à 20h30
Has been / le 8 octobre à 20h et 9 octobre à 20h30
www.anthéa-antibes.fr
Au TNN, des comédies humaines
Il y a des bêtes de scène. Pour lui, on parlerait plutôt de fête de scène. Le TNN fait sa rentrée à la Cuisine, l’une de ses deux salles de représentation, avec un brelan d’as dans son jeu et la promesse de trois beaux spectacles à la clé. Il ouvre sa saison en force et en émotions avec Saigon, reprise d’un spectacle fleuve de Caroline Guiela Nguyen pour onze interprètes crée en 2017. Ancrée dans le décor d’un restaurant vietnamien, fresque historico-familiale déployée des années 50 jusqu’à l’aube du XXe siècle, l’histoire racontée ici mêle les ingrédients d’une savoureuse saga, mijotée à la sauce aigre-douce des fracas d’une époque et d’un monde révolu. Génial chapelier fou de la création théâtrale française, Jean-François Sivadier, lui, jette son dévolu sur l’Ivanov de Tchekhov, sa nouvelle création avec son acteur fétiche, Nicolas Bouchaud. N’hésitant pas à tordre le cou aux clichés de bon ton pour l’interprétation de pièces phares du répertoire, son art de la mise en scène devrait trouver là matière à faire palpiter le drame de Tchekhov dans toute sa verve tragi-comique. Sivadier sera également l’invité de Catherine Ceylac le lundi 12 octobre à 19h30, pour une nouvelle session des Conversation intime que celle-ci anime une fois par mois, aux Franciscains, l’autre salle du TNN. Retour à la Cuisine pour un autre géant russe à l’affiche, Tolstoï. L’autrice Leïla Slimani adapte pour les planches un texte méconnu de l’écrivain. Cela donne Résurrection, mis en scène par Simon Delétang en coproduction avec la Comédie-Française et le Théâtre de Lorient (dirigé par ce dernier). Dans la distribution, nombre des comédiens de la Maison de Molière parmi lesquels Marina Hands, Guillaume Gallienne et Loïc Corbery.
Saigon, le 8 et 9 octobre à 19h30
Conversation intime avec Jean-François Sivadier le lundi 12 octobre à 19h30
Ivanov, du 14 au 16 octobre à 20h
Résurrection, le 12 et 13 novembre à 20h, le 14 à 15h
www.tnn.fr






L’Opéra de Nice, comme un ciel plein d’étoiles
« Offre-moi des chocolats, emmène-moi à l’opéra, dis-moi que l’amour ne s’arrête pas… », chante joliment Marc Lavoine dans l’un de ses titres. Oui, l’opéra est un bonheur contagieux, une fois qu’il vous a passé sa fièvre, la passion ne vous quitte plus ! Alors, en cette période de rentrée des théâtres, revoilà l’Opéra de Nice, prêt à nous faire battre le cœur pour une nouvelle saison de spectacles, ballets et concerts. Après une soirée d’ouverture dirigée par Lionel Bringuier, chef du Philharmonique niçois, place au premier des six ouvrages lyriques programmés cette année, l’Orlando de Haendel, mis en scène par Mariame Clément. Au pupitre, Jean-Christophe Spinosi à la tête de l’ensemble Matheus. Aux côtés de Rémy Brès Feuillet dans le rôle-titre, on retrouve la soprano Cristina Pasaroiu. Celle qui s’est déjà produite à Nice à plusieurs reprises a le don d’affoler le public avec sa voix à la tessiture ample et colorée. Avec cet Orlando, pleine mesure sera donnée à son talent sous le jour d’une production qui la verra chanter un ouvrage du répertoire baroque. Après quoi, la danse s’invite dans la place pour un double programme sur pointes. Acuité néoclassique aux magnitudes contemporaines : l’occasion de voir le Ballet de l’Opéra de Nice dans ses œuvres avec deux pièces inédites à son répertoire, Opus 40 signé par l’un des maîtres du genre, Jean-Christophe Maillot, et une création mondiale de Ioannis Mandafounis. Les deux hommes sont des références de la danse actuelle. Maillot dirige les Ballets de Monte-Carlo depuis plus de trente ans. Poème élégiaque du temps qui passe, Opus 40 voit le jour en 2000, sur le versant introspectif de son travail. Ioannis Mandafounis, lui, est à la tête de la Dresden Frankfurt Dance Company. Dans la mouvance de William Forsythe, son mentor, il pratique une écriture du mouvement à l’incandescence toute mathématique, géométrie des corps dans l’espace scandée par le cordeau du geste.
Orlando, du 30 septembre au 6 octobre
Ballet de l’Opéra de Nice, du 17 au 25 octobre
www.opera-nice.org
Trente glorieuses
Dans les faisceaux de leur mythe, ils sont partis dans la fleur de l’âge. Par la magie de la danse, les voilà qui réapparaissent aujourd’hui, dans tout l’éclat néoromantique du ballet que Jean-Christophe Maillot leur a consacré en 1996. Création phare du directeur des Ballets de Monte-Carlo, Roméo et Juliette fête son trentième anniversaire. Depuis son baptême du feu, emblématique du brio narratif que Maillot insuffle à sa relecture des grands classiques, la pièce fait l’objet d’un engouement jamais démenti et a déjà été reprise par seize compagnies dans le monde. Devenue un spectacle signature de la maestria maison, écrin d’un art total de sa chorégraphie à la scénographie du peintre Ernest Pignon-Ernest, les danseurs monégasques n’ont jamais cessé de l’interpréter. Fin octobre, ils souffleront ses trente bougies en reprenant le ballet à l’Opéra de Monte-Carlo. Rendez-vous épris…
Roméo et Juliette à la salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo,
du 29 octobre au 1er novembre
www.balletsdemontecarlo.com
Frank Davit, journaliste culturel

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