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À Nice, quand le Festival Cinéroman fait son cinéma d’auteur

On s’en lèche les bobines ! Des projections et des avant-premières ouvertes à toutes et tous, au Pathé Gare du Sud, en s’acquittant du prix d’une séance. Des rencontres et des conférences gratuites, à l’Artistique, avec des créateurs des deux bords, tandis que la Cinémathèque programme des classiques associés à l’événement. À Nice, du 28 septembre au 3 octobre, l’écrit et l’écran s’envoient en l’art pour la huitième édition du festival Cinéroman. Daniel Auteuil en est le parrain.

En septembre, France 2 diffusait en mini-série une nouvelle adaptation du classique de Flaubert, Le rouge et le noir. Signée par Gaël Morel et portée par Virginie Ledoyen et Victor Belmondo dans les rôles principaux, cette réalisation ambitionne à la fois un positionnement grand public sans renoncer à la vision d’un cinéma d’auteur.

Donner à voir l’alliage de deux écritures, roman et film, réunies sur (petit ou) grand écran : peu ou prou, c’est aussi tout le propos du festival Cinéroman, organisé et dirigé depuis 2019 par Nathalie Benoin et présidé par Daniel Benoin, deux figures de la scène théâtrale azuréenne et deux passionnés de cinéma. À la manière d’une rétrospective des douze derniers mois écoulés, le festival ambitionne en quelque sorte de rembobiner des longs métrages, sortis dans cette période, qui sont des adaptations d’œuvres littéraires. Une sélection d’une dizaine de films se retrouve ainsi en compétition, à l’issue de laquelle un jury attribue ses récompenses. Cette année, le jury est emmené par l’un des acteurs les plus marquants du paysage cinématographique français, Daniel Auteuil. Pour l’accompagner dans ses fonctions, les juré(e)s d’un casting cinq étoiles avec les actrices Sara Giraudeau et Bérénice Bejo, la réalisatrice et scénariste Danièle Thomson et la journaliste et romancière Vanessa Schneider. Du côté de leurs homologues masculins, l’humoriste et comédien Manu Payet, le chanteur Gaëtan Roussel et l’acteur révélation du film L’amour ouf, Malik Frikah. Enfin, dernière citée à dessein dans la présentation de ce jury parce qu’il y aurait tant à dire sur elle à l’aube de sa carrière naissante et de son jeune âge, la déjà magistrale Luàna Bajrami. Une interprète à la finesse de jeu au fusain, née sous le signe d’une grâce ascendant Jeanne Moreau ou Dominique Blanc par l’intensité qui émane de son visage sur un écran et qui, dès ses débuts, tenait la dragée haute à ses partenaires Adèle Haenel et Noémie Merlant dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, rien que ça !

On retrouvera celle qui est aussi réalisatrice à ses heures dans le nouveau film de et avec Daniel Auteuil, La troisième nuit (sortie le 20 janvier 2027). Et on n’aurait pas encore tout dit sur Luàna Bajrami si on omettait de parler du film Deux personnes échangeant de la salive d’Alexandre Singh et Natalie Musteata dont elle est l’une des protagonistes, qui a remporté l’oscar du meilleur court-métrage en 2026. Au final, vous voilà prévenu : le jury de Cinéroman est à lui seul une entrée en matière prometteuse à l’orée de cette nouvelle édition du festival !

De la page à la toile : du cinéma qui a des lettres

Quant aux huit films en compétition, ils ne sont pas en reste et n’entendent pas faire pâle figure. Le festival joue en effet carte sur tables, piochant ses atouts parmi certaines des productions les plus en vue du moment pour être passées auparavant par les sélections de la Mostra de Venise ou du Festival de Cannes.

C’est le cas de Soudain, de Ryūsuke Hamaguchi avec Virginie Efira et Tao Okamoto, toutes deux prix d’interprétation féminine pour ce film primé sur la Croisette en 2026 et adapté d’une correspondance réelle entre une directrice d’EHPAD et une metteuse en scène japonaise. Idem pour Histoires de la nuit de Léa Mysius d’après le roman éponyme de Laurent Mauvignier avec Hafsia Herzi et Monica Bellucci (entre autres), et L’inconnue d’Arthur Harari avec Léa Seydoux et Niels Schneider, d’après la propre bande dessinée du réalisateur et de son frère Lucas, soit deux longs métrages qui étaient eux aussi des prétendants à la palme d’or en mai dernier. Autre film montré en avant-première cannoise (qui ne concourait pas pour le palmarès) : L’abandon de Vincent Garenq avec Antoine Reinartz retrace l’enchaînement des faits et gestes qui ont conduit à l’assassinat du professeur Samuel Paty. Inspiré d’une tragédie du réel en forme de trauma collectif et de déflagration sociétale, chronique d’un abattage à l’aveugle, le film mène son récit en s’appuyant sur le livre-enquête Les derniers jours de Samuel Paty co-écrit par Stéphane Simon avec Mickaëlle Paty, la sœur de l’enseignant tué.

Découverts lors du dernier Festival de Cannes et sortis depuis sur les écrans, ces films transitent aujourd’hui par la manifestation niçoise. Tout comme Le Mage du Kremlin d’Olivier Assayas, avec Alicia Vikander, Paul Dano et Jude Law en Vladimir Poutine suintant de mégalomanie visqueuse. À la différence près que cette transposition au cinéma du best-seller éponyme de Giuliano da Empoli a connu les honneurs d’une sélection à la Mostra de Venise en 2025, avant de rejoindre la compétition de Cinéroman. Celle-ci compte également des réalisations qui ont été des succès au box-office. À l’image de Chien 51 (présenté hors-compétition à la Mostra 2025) de Cédric Jimenez avec Adèle Exarchopoulos et Gilles Lellouche, film tiré du roman d’anticipation de Laurent Gaudé paru sous le même titre. Deux autres longs métrages complètent cette liste, Les goûteuses d’Hitler de Silvio Soldini et Justin le juste d’Eric Barbier, avec Alban Ivanov et Alexandra Lamy.

D’Isabelle Huppert à Charlotte Gainsbourg : un bal des actrices

Parallèlement à cette sélection d’œuvres aux ADN métissés entre le mot et l’image, Cinéroman, c’est aussi un festival de films inédits projetés en avant-première et hors-compétition, avec séquence red carpet devant le Pathé Gare du Sud en présence des équipes qui les ont tournés. Des films qui, à l’instar des longs métrages évoqués ci-dessus, doivent eux aussi être le fruit d’une fécondation livresque. On attend là près d’une vingtaine de titres qui suscitent déjà l’attente d’un large public potentiel.

De Changer l’eau des fleurs de Jean-Pierre Jeunet avec Leïla Bekhti et Melvil Poupaud, adaptation du succès d’édition signé Valérie Perrin, projeté en ouverture du festival, à Demain je tombe amoureux de Martin Prouvost avec Fabrice Luchini et Chiara Mastroianni (entre autres) via La Bola Negra du duo Los Javis (Javier Calvo et Javier Ambrossi), Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes, projeté, lui, en clôture des réjouissances, le programme déploie une jolie palette de cinéma. Dans ce nuancier divers et varié, outre les géniales Sandrine Kiberlain et Isabelle Huppert réunies dans Ni vue ni connue face à la caméra de Marc Fitoussi, orfèvre ès comédies au charme acidulé, on retiendra en particulier Une femme aujourd’hui.

Le nouvel opus d’un grand cinéaste français, Robert Guédiguian, interprété par sa troupe de fidèles, à commencer par Ariane Ascaride, sa complice et compagne à la ville et à l’écran, et Marilou Aussiloux dans le rôle principal. Nouvelle venue dans l’univers du réalisateur, celle-ci a fait ses premiers pas sous les auspices du cinéma de Guédiguian dans le précédent film du Marseillais de l’Estaque, La pie voleuse. Marion Cotillard, elle, est à l’affiche de Karma de Guillaume Canet, autre film attendu dans le cadre des avant-premières de Cinéroman. Tourné sur les chapeaux de roue en six jours chrono et en impro free style dans l’esprit d’un Cassavetes, Only what we carry de Jamie Adams est un film qui va susciter lui aussi la curiosité du public. Au dernier Festival de Deauville où il vient d’être montré après une présentation à New York, ce long métrage n’est pas passé inaperçu. Casting de luxe où Charlotte Gainsbourg et Quentin Tarantino himself brillent aux côtés de Sofia Boutella et Simon Pegg.

Film météore qui, outre ses interprètes et son réalisateur, carbure à l’énergie et la ferveur de ses jeunes producteurs, Charles Benoin et Liam Hellmann. Only what we carry s’annonce déjà comme l’un des objets filmiques les plus détonants du festival niçois. Mais quid de Peau d’homme de Léa Domenach, basé sur le roman graphique du duo Hubert et Zanzim, pour voir les premiers pas sur grand écran de la chanteuse Pomme, guidée par la plus féerique des marraines de cinéma, Catherine Deneuve ? Et qu’en est-il de Mémoire de fille de Judith Godrèche d’après un récit d’Annie Ernaux dont la sortie est prévue fin septembre ?

Creuset de films fondus dans l’or d’un livre, le festival Cinéroman était pourtant un écrin sur mesure pour accompagner la promotion de ces deux longs métrages. Dommage… Rien de nature à gâcher la fête cependant, qui nous promet des séances incandescentes devant sa programmation ! Sous les paupières d’encre de ses yeux de braise, sur ses écrans qui font bouger les ombres de la soie noire des mots, le festival allume ses lueurs ciné-romanesques. Au royaume des salles obscures comme dans la république des lettres, un seul et même mot désigne écrivains et réalisateurs : auteur. Nathalie Benoin entend le montrer, haut et fort !

Informations pratiques : Festival Cinéroman du 28 septembre au 3 octobre / tout le calendrier des projections et rencontres, conférences thématiques sur www.festival-cineroman.com

Frank Davit, journaliste culturel

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