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Quarante ans au faîte de leur art : les Ballets de Monte-Carlo sont en fête !

Par Frank Davit – Le Grimaldi Forum sur des chaussons ardents pour un événement millésimé : le 4 juillet prochain, la compagnie monégasque y célèbrera en effet son quarantième anniversaire, au cours d’une soirée de gala en forme de spectacle surprise.

Au rendez-vous des souvenirs qui dansent, c’est tout un bal du temps perdu qui va s’animer sur place pour l’occasion. L’excitation est à son comble et le secret bien gardé quant aux noms des artistes invités à se produire sur scène. À peine sait-on que des « anciens » de la troupe ont été conviés. De quoi alimenter bien des spéculations autour d’une soirée qui promet d’être un moment d’anthologie dont les Ballets de Monte-Carlo sont coutumiers. On se rappelle que pour leurs trente ans, Jiří Kylián lui-même, l’une des figures totémiques de la danse depuis près de soixante ans, avait concocté un aussi réjouissant que loufoque interlude filmé en guise de cadeau/ gâteau d’anniversaire pour la compagnie. En mode désopilant et savoureux, à l’abri de toute affèterie pompeuse ou solennelle, il y mettait en scène un couple emblématique, Bernice Coppieters et Jean-Christophe Maillot, avec leur chien Oskar (qui donne son titre au court-métrage). Bernice Coppieters qui fut la muse, l’étoile et l’interprète et demeure plus que jamais la complice artistique de Maillot, qui n’est autre que le directeur général des Ballets.

Depuis plus de trente ans, ces deux-là attisent intensément le feu sacré, la flamme et la fougue qui donnent des étincelles à la maison. Le talent et le glamour, du chic et du chien… On les verrait presque dans la lignée d’un couple de légende de la danse, Zizi Jeanmaire et Roland Petit. Par son espièglerie joueuse, en quelques images à la façon du cinéma muet, quelque chose de cette déferlante d’un tandem artistico-amoureux sur les destinées d’un corps de ballet transparaissait dans le petit délice blagueur du film de Kylián.

Maillot dans son élément, au studio-atelier des ballets de Monte-Carlo
Bernice Coppieters dans le Boléro de Béjart

Tout était dit sur l’énergie communicative à l’œuvre dans la mouvance Maillot et, comme un blason de son travail, cela tenait pour ainsi dire en un mot : la joie de créer ! Aujourd’hui, dix ans après celle-ci, une autre célébration va mettre en exergue tout le temps parcouru depuis les débuts, toute la ferveur et la ténacité qu’il faut pour donner corps et âme à ce qui a désormais force d’évidence.

Alors, le soir de ce 4 juillet, fête des pleins pas de danse, qu’en sera-t-il pour franchir allègrement le cap des quarantièmes rugissants d’une compagnie dans toute la vitalité de son brio et l’incandescence de son art ? Surprise sur le plateau du Grimaldi Forum : comme dans l’une des chansons du film West Side Story, la seule indication fiable est que « we don’t know what it is but something great is coming ! »

Voulez-vous danser avec eux ce soir ? Les diamants du Rocher…

À travers ces quelques lignes, on voudrait leur rendre hommage en passant… En Principauté, et si les joyaux de la couronne, c’était eux ? Depuis quarante ans, portés par la ferveur de leur marraine la princesse Caroline de Hanovre, emportés dans l’élan créateur de Jean-Christophe Maillot, leur mentor, les Ballets de Monte Carlo donnent à l’acte de danser un éclat précieux entre tous. Le 4 juillet, ils célèbreront cet anniversaire en beauté, au cours d’un spectacle en fête. Dans cette perspective, impossible de résister à la tentation de feuilleter rétrospectivement le riche livre d’heures de la compagnie et de ses hauts faits chorégraphiques. Le travail de Maillot est régulièrement porté aux nues pour ses grands ballets narratifs qui s’offrent à voir comme autant de relectures subtiles voire audacieuses de grands ballets classiques.

Dernier exemple en date avec « Ma Bayadère », grande production de luxe dansée en décembre dernier qui proposait une tout autre vision du célèbre ouvrage créé par Marius Petipa en 1877 et magnifié plus d’un siècle après par Rudolf Noureev pour l’Opéra de Paris. Ici, sous le vernis du brio académique et d’une création grand spectacle, Maillot jouait sa propre carte. Celle d’un chorégraphe instillant passions et rivalités humaines dans la trame de « sa » Bayadère bien plus que l’illustration d’une légende exotique. Il en va  de même pour nombre de ses opus classés grand répertoire que sont Lac, Coppél-i.A., Cendrillon, Faust et bien d’autres… Face aux beautés immarcescibles d’une certaine tradition chorégraphique, Maillot a résolument opté pour une danse qui vibre et fait miroiter un prisme esthétique hybride, entre langage néoclassique et écriture contemporaine.

Avec l’art et la manière qui sont sa signature, par tous les pores de sa créativité, il cisèle des pièces à la fois redoutables de virtuosité technique et rythmique, y entrelace les motifs de son imaginaire et n’oublie jamais d’offrir au public sa part de rêve et de magie. Styliste et showman, le directeur des Ballets de Monte Carlo est aussi plasticien dans l’âme, donnant à sa danse une dimension volontiers picturale.

Monsieur Loyal et faiseur d’inouï

faiseur d’inouï pr Altro Canto 1

Le tout se traduit par des spectacles qui font sensation, à commencer par Vers un pays sage (1995), ode exultante à la peinture du père de Maillot, Jean Maillot. Ce pur poème en mouvement, à la pointe sèche, sera d’ailleurs repris par le Ballet de l’Opéra de Paris cet automne sur la scène du Palais Garnier. Acmé du versant le plus fou, peut-être, de la danse selon Maillot, Choré (2013), lui, est un formidable hommage à la comédie musicale hollywoodienne hors des sentiers convenus d’une telle entreprise. En éruption permanente, le spectacle danse sur un volcan, crache la lave d’un monde en furie sous les chants des sirènes de l’usine à rêve des grands studios du Septième Art.

Fantasmagorie vénéneuse aux voluptés surréalistes, Choré résonne comme un chant de Maldoror. Vous avez dit chef d’œuvre, hélas jamais redonné depuis sa création… Dans une veine tout à fait différente, Altro Canto 1 en 2006 a marqué les esprits. Sur le Magnificat de Monteverdi, un ténébreux office des corps et des âmes devenait un envoûtement à vue, tandis que des lueurs de cierge en suspension constellaient peu à peu l’espace. Dans ce surgissement de la grâce et de l’émotion, qu’il use d’une approche figurative ou plus abstraite, c’est comme si on séquençait l’ADN chorégraphique de Jean-Christophe Maillot. Orfèvre du geste. Faiseur d’inouï. Monsieur Loyal d’un corps d’élite. Meneur d’une équipée fauve et soyeuse. À l’intersection de ces multiples facettes d’un créateur, il y a juste un artiste au singulier pluriel, dans l’exercice de son métier-passion, on ose l’imaginer ainsi du moins…

Rembobinage d’un carnet de bal

La mégère apprivoisée par les Ballets de Monte-Carlo DR

Bien sûr, dans ce panorama, on aurait pu, dû, évoquer le fabuleux Casse-Noisette Circus (1999) entré dans les annales de la compagnie et représenté sous le chapiteau de Fontvieille pour célébrer le jubilé du prince Rainier III. Les deux éditions de la « F(ê)aites de la danse », en juillet 2017 et juillet 2023, sont elles aussi à bonne enseigne pour dire les ondes de bonheur propagées par les Ballets de Monte-Carlo. Dans le sillage d’une tarentelle échevelée, le fulgurant Core Meu qui paraphait la première édition, portait à incandescence ce sentiment d’euphorie jubilatoire et depuis, à chacune des reprises du spectacle, c’est toujours un public en délire qui ovationne à la fin les danseuses et les danseurs monégasques. Somptueuse variation autour de la pièce éponyme de Shakespeare, oublier La mégère apprivoisée dans ce très subjectif rembobinage d’un carnet de bal quadragénaire serait « schocking » ! Créé par Maillot d’abord pour le Bolchoï en 2014, la Mégère entre au catalogue des Ballets de Monte-Carlo en 2017 et figure depuis au panthéon de leurs œuvres les plus étourdissantes. Pourquoi ? Parce que c’est un spectacle renversant de charme, d’allégresse, de la splendeur d’aimer. Parce que la danse jaillit comme du champagne dans les séquences de grands ensembles. Parce qu’elle frissonne à fleur de peau dans certains duos où la sensualité s’enlace aux évolutions des personnages. Le feu sous la grâce autrement dit : voilà qui va bien pour résumer ces quarante ans des Ballets de Monte-Carlo et de leur histoire, à corps-joie !

Plus d’informations : Soirée de gala pour les 40 ans de la compagnie des Ballets de Monte-Carlo, samedi 4 juillet à 19h30 au Grimaldi Forum / www.balletsdemontecarlo.com

Le Ballet de l’Opéra National de Paris en Principauté

La Dame aux Camelias © Svetlana Loboff-  Opéra national Paris
La Dame aux Camelias © Svetlana Loboff- Opéra national Paris

Attention, double événement chorégraphique en juillet au Grimaldi Forum. Après les quarante ans des Ballets de Monte-Carlo, ce sera en effet l’une des plus prestigieuses compagnies de danse qui sera à l’affiche de la salle monégasque. Sous vos yeux éblouis, le Ballet de l’Opéra National de Paris va se produire sur place avec l’une des productions les plus en vue de son actualité, La dame aux camélias. Feu John Neumeier a créé cette pièce en 1978, elle entre au répertoire de l’Opéra en 2006. Inspiré par les amours malheureuses de Marguerite Gautier, l’héroïne du roman de Dumas fils, le spectacle est un fleuron du ballet narratif néoclassique. Neumeier y fait œuvre de fin brodeur pour tisser le fil d’une triste histoire qui a fait le bonheur de plus d’une forme d’art, du roman au théâtre, de la danse au cinéma. Le Ballet de l’Opéra National le lui rend bien, en effeuillant cette Marguerite dans une reprise de toute beauté !

La dame aux camélias de John Neumeier par le Ballet de l’Opéra National de Paris au Grimaldi Forum les 17, 18 et 19 juillet à 19h30 / www.balletsdemontecarlo.com  

Par Frank Davit, journaliste culturel

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