News / Si on sortait ?

Sons et merveilles à l’Opéra Nice Côte d’Azur

Découvrez la nouvelle saison de l’Opéra de Nice

Des éclats de voix 24 carats et des pas de danse sur des chaussons ardents. Un tourbillon de notes qui l’emporte haut et fort dans sa soif d’aventures artistiques et d’horizons créatifs revigorants… Depuis la fin septembre, la nouvelle saison de l’Opéra de Nice se donne à voir en spectacle et en beauté, au fil d’une programmation résolument ouverte à tous les publics.

Opéra in fabula

Il en pince (entre autres) pour Orlando, Tristan et Isolde, Alice au pays des merveilles, Manon Lescaut sans oublier la Veuve joyeuse et la Belle au bois dormant. Autant de noms de personnages et d’œuvres (chantées ou dansées) que l’on va retrouver dans son sérail cette année. L’Opéra de Nice a un cœur d’artichaut et c’est pour ça qu’on l’aime ! Sept productions lyriques, trois sessions chorégraphiques et un calendrier de concerts bien rempli. Avec une nouvelle saison affriolante à l’affiche, la maison lyrique niçoise effeuille ses plaisirs.

Animée d’un esprit volontiers frondeur dans les mises en scène plébiscitées par Bertrand Rossi, son directeur, elle croque de plus belle dans sa fringale de vitalité créative et adopte pour mantra une injonction sans détour, au cœur de sa raison d’être : « s’échapper du réel« . Tel est le mot d’ordre de la programmation des lieux, au diapason d’une invitation à rêver, à s’émerveiller malgré tout. Une boussole pour nous faire perdre le nord d’un quotidien réfrigérant au profit d’une évasion vers des mondes fictifs. Pas moins « tumultueurs », certes, dans leurs péripéties. Mais bien plus ensorcelants dans leurs mirages de la vie humaine. Osons une formule pour dire la teneur de cette nouvelle saison : Opéra in fabula ! Ce qui pourrait signifier quelque chose comme « opéracadabra ! ». Quoi qu’il en soit, opéra in fabula, l’auteur de ces lignes a fabriqué l’expression en écho au titre de la grande exposition de l’an 2000 dans le palais des papes en Avignon, « la beauté in fabula ». La beauté dans le fabuleux, c’est-à-dire littéralement dans ce qui fait récit, qui emmène voir ailleurs. Alors nous y voilà, en route vers les imaginaires que nous racontent chanteu(se)rs, danseu(se)rs, musicien(ne)s. Au cœur de l’Opéra de Nice qui, comme les autres théâtres, est en soi une destination vers le fabuleux, vers le magique et vers l’humain, dans toute sa vérité…

Initials B.B.

De Satyagraha à la Traviata, rien qu’en termes de phonétique et sans parler de son brio lyrique, s’il existait un « lyri-score » des productions chantées, la saison passée de l’Opéra de Nice aurait mérité une notation triple A ! Qu’en sera-t-il de sa nouvelle saison ? Au cours des prochaines semaines, celle-ci va prendre l’apparence d’une voie lactée au féminin, tant la programmation s’étoile d’ouvrages portés par des héroïnes. De spectacle en spectacle, on pourra ainsi voir scintiller sur scène en novembre l’histoire de La veuve joyeuse, opérette de Franz Lehár, reprise d’une production maison signée Benoît Bénichou dans une nouvelle approche. Il faut signaler au passage que Benoît Bénichou est un metteur en scène qui ne manque ni d’audace ni d’inspiration pour donner à son travail des contours affirmés. C’est en soi un indice convaincant pour que cette Veuve nous mette un plus à l’oreille !

Plus tard, au printemps, la saison s’en ira cueillir d’autres émois, à l’ombre de jeunes filles en fleurs que sont la Manon Lescaut de Puccini, interprétée par la soprano niçoise Camille Schnoor, et une Alice au pays des merveilles, création contemporaine d’Unsuk Chin encore jamais chantée en France. Dans l’intervalle, cet hiver, autre égérie féminine qui s’apprête à briller à l’affiche, incarnation d’un amour absolu : on touchera là sans doute à l’un des sommets de la programmation avec le Tristan et Isolde de Wagner qui a tout pour être un spectacle d’anthologie. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est le réalisateur, niçois lui aussi, Bertrand Bonello qui s’y colle. Orfèvre d’un cinéma aux raffinements d’esthète, Bonello est l’auteur de films qui ont marqué les esprits, de L’Apollonide : Souvenirs de la maison close à Saint Laurent. A la Philharmonie de Paris puis à l’Opéra de Nice, il avait serti en 2024 autour du compositeur Arnold Schönberg, l’un des pères de la musique atonale, un spectacle écrin aux allures d’installation arty. Projections vidéo et extraits d’œuvres de Schönberg s’y faisaient écho, la représentation étant ponctuée d’interventions de récitants.

Entre Bertrand Bonello, cinéaste sorcier des âmes en eaux troubles, et Bertrand Rossi, explorateur de frissons lyriques affutés, il y a eu connivence d’affinités créatives singulières. Après Schönberg, Wagner et son Tristan et Isolde seront donc leur prochain terrain d’entente. Une partition qui semble aller comme un gant à Bonello et aux somptueux clairs obscurs de son art. L’impatience de découvrir cette production phare, fin janvier, est à son comble !

La dormeuse du bal

Rimbaud a son tragique « dormeur du val », avec ses « deux trous rouges au côté droit ». Sous peu, à l’occasion des Fêtes de fin d’année, l’Opéra de Nice, lui, aura une féérique dormeuse du bal ! En mode panoplie intégrale de princesse de conte de fées, celle-ci sera habillée sur mesure, dans le sillage d’une Belle au bois dormant inédite. Il s’agit de la toute première création du chorégraphe Pontus Lidberg écrite pour le corps de ballet niçois qu’il dirige depuis bientôt deux ans, format grand spectacle au rendez-vous avec orchestre live, costumes et scénographie de gala.

Avec cette Belle au bois dormant de son cru, sur la célèbre musique de Tchaïkovski, Pontus Lidberg se confronte à l’une des pièces cultes du ballet romantique. Son cahier des charges est pointu, à la fois plaire au plus grand nombre avec un spectacle ad hoc pour la période et surprendre. On sent son travail chorégraphique traversé par ce double élan. Un geste créateur qui emprunte autant à une forme d’exigence artistique qu’à l’expression d’une virtuosité de la danse sachant rencontrer l’adhésion du spectateur. À la faveur d’un échange fortuit, c’était un soir de pluie après l’une des représentations qui, à la mi-octobre, ont vu le Ballet de l’Opéra de Nice se déchaîner dans un ouragan de danse aussi somptueux qu’irrésistible comme si la troupe se livrait à une « battle d’aura » enjouée et magistrale, Pontus Lidberg a évoqué comment il voyait « sa » Belle au bois dormant. Loin d’une vision mièvre ou sucrée, il parle au contraire de ce qu’il y a d’intrinsèquement vrai et d’humain sous le glacis de la féerie.

Dans son approche, l’ouvrage culte de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, semble être ainsi un prisme de référence. Les péripéties du récit deviennent un miroir allégorique des cycles de la nature et du passage des saisons, du passage de l’enfance à l’adolescence. Côté scénographie, le chorégraphe a opté pour un climat de scène inspiré par l’art d’Hiroshige, l’un des maîtres japonais de l’estampe. À travers les propos de Lidberg, pour ce qu’ils laissent entrevoir de l’entreprise du moins, on sent ici frissonner la délicatesse de trait d’un orfèvre. Entre la danse et la magie d’un merveilleux, le pas de deux attendu devrait bel et bien avoir lieu, pour mieux laisser s’envoler de sa chrysalide un spectacle inattendu. Si Pontus Lidberg transforme l’essai en succès, ce qu’on lui souhaite ô combien, le public émerveillé verra scintiller des lueurs d’incandescence au cœur de l’hiver. « S’échapper du réel » ou le « mentir-vrai » des artistes selon la célèbre formule de Louis Aragon : on sera alors en plein dans la profession de foi de la programmation 20206 – 27. Et l’Opéra de Nice n’a plus qu’à faire neiger ses flocons de rêve, par tous les temps de sa saison…

Opéra Nice Côte d'Azur / Crédit photo : Anne Lombardo
Opéra Nice Côte d’Azur / Crédit photo : Anne Lombardo

Barocco molto vivace

Le 30 septembre dernier, l’Opéra de Nice a levé le rideau sur son premier spectacle, l’Orlando de Haendel. Un ouvrage peu connu du célèbre compositeur, qui a été monté à travers le prisme d’une relecture actuelle, pétillante d’inventivité et d’à-propos, quasi rohmérienne par la fantaisie poétique et la vision du jeu amoureux qui donnaient tout son charme à l’entreprise. Il y avait en effet un peu du Perceval le Gallois et des Nuits de la pleine lune de Rohmer dans le fantasque à la fois farfelu et ému de la production. Chanté pour le lancement de la saison en début d’automne, Orlando est un opéra du répertoire baroque. Bien au-delà de sa seule acception musicale, le mot résonne de toute une polyphonie de sens. Par baroque, on désignait à l’origine le défaut d’une perle malformée. Puis l’architecture et la musique se sont emparées du terme pour exprimer une certaine esthétique aux motifs ornementaux volontiers exubérants. Voir ainsi un ouvrage de ce registre affiché en coup d’envoi de sa programmation : on ne peut s’empêcher de regarder ce geste comme un miroir de l’Opéra de Nice et de son identité artistique. Avoir la fibre « baroque » dans le sens où les spectacles proposés ici ébouriffent volontiers les conventions, jouent de toute une polychromie d’émotions en liberté. Faire vibrer les représentations avec le souffle de son temps, en somme.

L’Opéra de Nice est bel et bien là, au cœur de cette effervescence éclairée, dans la palpitation capiteuse de ses arts de la scène ! Formulé autrement, comme dans la chanson éponyme de Barbara, y a du « hop-là » dans l’air, à l’Opéra !

Retrouvez toute la programmation sur www.opera-nice.org

Par Frank Davit, journaliste culturel

No Comments

    Leave a Reply

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

    Verified by MonsterInsights